Mona Makki dans l’Ordre français des Arts et des Lettres


«Je suis très heureux de vous accueillir aujourd'hui, rue de Valois, pour rendre hommage à votre personnalité lumineuse et à votre engagement admirable en faveur de la francophonie», devait dire M. de Vabres s'adressant à Mona Makki.
«Cette francophonie n'a, pour vous, rien d'un vain mot. Elle fait vibrer vos racines les plus profondes, celles qui vous lient à la terre libanaise et à ce petit village du Sud, où vous avez grandi, bercée par les idéaux défendus par votre père, captivée par son enthousiasme, lorsqu'il vous racontait la Révolution française et l'influence immense qu'elle a joué chez tous les peuples épris de liberté et avides de justice. Lorsqu'il vous décrivait le général de Gaulle, également, entraînant derrière lui la France libre, combattant le joug nazi, incarnant à jamais à vos yeux la lutte contre la barbarie et l'oppression. Ces valeurs humanistes universelles de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, inscrites dans nos esprits et dans nos cœurs, comme aux frontons de nos établissements publics, votre père a voulu vous les faire partager et aimer. C'est donc à la Mission française laïque de Beyrouth que vous en faites l'apprentissage...» devait encore dire le ministre français de la Culture.
Il a évoqué par la suite l'enfance de la journaliste passée dans la région du Sud, ses études à Beyrouth et enfin son départ pour la France en raison de la guerre, ensuite la création, en 1982, avec Dominique Gallet, du magazine télévisé Espace francophone, qui va être diffusé sur France 3, France Ô, TV5 Québec-Canada, ainsi qu'une trentaine de télévisions francophones dans le monde.
«La démarche d'Espace francophone correspond aux valeurs que vous défendez: un esprit égalitaire, une prise en compte authentique du talent des réalisateurs et un très large rayonnement, grâce à une diffusion régulière par de nombreuses télévisions du nord et du sud», dira de Vabres.
«Pour votre engagement personnel, pour l'exigence de vos choix artistiques, pour votre amour des valeurs de la francophonie, pour l'intelligence, l'enthousiasme, la passion avec lesquels vous les transmettez, par-delà les frontières naturelles et culturelles que parfois les hommes s'ingénient à dresser entre les valeurs et les territoires qui devraient les rapprocher et les rassembler, je suis très heureux de vous témoigner aujourd'hui la reconnaissance et les encouragements de la France et de tous les amoureux de la langue française et des cultures francophones», dit encore Donnedieu de Vabres avant de prononcer la phrase finale: «Mona Makki, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l'ordre des arts et des lettres.»
Contenant son émotion, Mona Makki devait à son tour prendre la parole et remercier la France, «terre de liberté, de conscience, de pensée et de regard» qui lui a ouvert les bras et lui a redonné l'espoir. «J'avais tellement de choses à dire , avoue-t-elle, mais la guerre des 33 jours qui a dévasté le Liban a pulvérisé mes phrases et bouleversé mes priorités. Deux urgences se sont imposées à moi, qu'il me faut énoncer et dans l'ordre. La première est de rendre hommage à mes parents, car ce sont eux qui ont choisi pour leurs sept enfants, malgré les sacrifices que cela impliquait, l'enseignement de l'école laïque française à Beyrouth. Mes parents ont aimé la France, admiré son histoire et la stature de son général. Ils ont rêvé la francophonie avant l'heure et se sentaient appartenir à une communauté de valeurs humanistes et universelles.
«Mes parents sont musulmans, croyants et pratiquants. Ils nous ont élevés dans le respect des gens du Livre et nous ont inculqué l'importance, la nécessité de l'autre. Aujourd'hui, ils sont profondément blessés par l'intégrisme et le racisme.
«La deuxième urgence est de dire qu'aujourd'hui, au Liban, il y a un million de petites bombes de sous-munitions lâchées les derniers jours qui ont précédé l'arrêt des hostilités, de petites bombes qui font tous les jours des victimes parmi les civils, notamment les enfants du Sud. Mais aujourd'hui, au Liban, il y a une bombe libanaise tout aussi dangereuse et menaçante qui a déjà ravagé mon pays à plusieurs reprises tout au long de son histoire, c'est celle du confessionnalisme, du communautarisme religieux et du fanatisme. Alors oui, il est urgent de dire haut et fort que seule la laïcité politique est capable de tracer un chemin d'avenir sûr et stable. Je sais que ma voix paraît aujourd'hui minoritaire, certains diraient naïve ou utopique, pourtant c'est la seule voie possible. Il nous faut absolument, au Liban comme dans la région, redonner au fait religieux sa place, toute sa place, mais rien que sa place. Il est urgent de construire la citoyenneté et de consolider la République parce qu'il est urgent, parce qu'il est temps que soit gagnée la bataille de la paix.»
© Libanvision 2006